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Drive In Meeting Area, Geneva
Sylvie Boisseau et Frank Westermeyer, comme dans leurs précédentes interventions dans l'espace public (Volksskulptur (Weimar 2005), Boîte aux lettres-sans levée (Berlin, 2004), Canopy public (Weimar 2003)…), choisissent le lieu de leur action avec acuité et finesse, attirés par les gestes incongrus, les expériences insolites et les récits potentiels.
L'emplacement ici est situé sur l'axe de la route de Chênes, et concerne la question du passage, de la migration : pour les uns, ce lieu est un quartier d'habitation, pour les autres, les frontaliers, un lieu de passage. L'intervention artistique investit un café et se constitue d'une enseigne lumineuse, d'une place de parc marquée au sol qui s'encastre en triangle dans la haie de tuyas, signalant ainsi l'espace réservé : les règles du jeu sont données.
Deux réalités et deux acteurs se confrontent ici dans ce café si bien nommé, « Au Relais » : par définition, le relais est un endroit où des chevaux frais sont préparés de distance en distance pour remplacer ceux qui sont fatigués (par extension, c'est la fonction du bistrot: se reposer, reprendre des forces). Etre de relais, dit-on, lorsqu'on n'a point d'occupation présente (perdre son temps, passer le temps) – une course de
relais (un passage furtif) – une étape entre deux points dans un espace déterminé (un entre-deux). Prendre le relais de quelqu'un – servir d'intermédiaire – n'est-ce pas le rôle que se donnent ici les deux artistes ?
Ils constituent un lieu de rencontre, une sorte de scénographie (la table et la chaise sont par ailleurs surélevées sur une estrade qui a valeur de scène en quelque sorte) pour un échange de paroles entre deux acteurs qui ne se connaissent pas, ne se fréquentent pas : l'habitant et le frontalier, le piéton et l'automobiliste. Dans cette action, la logique du drive in est prise à contre-pieds : le drive-in a été créé pour avoir la possibilité de consommer rapidement et efficacement, sans sortir de son véhicule. Sylvie B. et Frank W. procèdent à un renversement d'un système de valeurs en pariant sur un échange potentiel de récits, d'anecdotes entre des individus que rien ne relie au préalable, par une intervention légère (simplicité du dispositif), critique et drôle.
L'espace public est abordé comme lieu d'expérimentation et d'expérience, pour une intervention volontairement éphémère dans un lieu éphémère (le café), voué à la démolition.
Claire de Ribaupierre

